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L'enlèvement parental

 

  1. Introduction
  2. Après l'enlèvement, que se passe-t-il entre l'enfant et le parent rapteur ?
  3. Conséquences chez l'enfant
  4. Les difficultés du parent victime face à l'appareil judiciaire français
  5. Les difficultés du parent victime face à l'appareil judiciaire étranger
  6. Lutter contre les idées reçues
  7. Conclusion

I. Introduction

Il faut insister sur le fait qu'un enlèvement parental est une violence faite à l'enfant, un acte de maltraitance. Il place l'enfant en position d'objet et les conséquences en sont lourdes.

Souvent, le parent rapteur est celui qui n'a pas supporté la séparation ou qui n'a pas réussi à dépasser le conflit conjugal. Il y reste fixé et cela devient l'enjeu de toute sa vie. Sans ce conflit, sa vie est vide de sens. L'enfant devient le "bras armé" de ce parent qui l'utilise pour mieux atteindre l'autre. Le rapt parental est aussi, pour celui qui l'a pratiqué, une façon de maintenir le lien conjugal.

Les constatations figurant dans les paragraphes ci-dessous ont été faites par les parents victimes lors de droit de visite. Les conséquences décrites sont bien connus des psychologues, psychiatres et psychanalystes dont vous trouverez une biographie en dernière page. Elles sont propres, entre autres, aux enfants pris dans le conflit parental et à plus forte raison lorsqu'ils ont été victimes d'un enlèvement par l'un de leurs parents, causant un choc émotionnel lié à la séparation, au déracinement et à tous les non-dits qui l'entourent. Ces différents facteurs créent un climat d'insécurité et renforcent les difficultés avec lesquelles l'enfant est aux prises.

II. Après l'enlèvement que se passe-t-il entre l'enfant et le parent rapteur ?

Le parent rapteur met en place différentes tactiques par rapport à l'enfant:

  • "Ta mère - ton père t'a abandonné(e)",
  • "Ta mère - ton père a déménagé, je n'ai pas sa nouvelle adresse pour te ramener",
  • "Ta mère - ton père a été très méchant(e) avec moi, il ou elle voulait m'envoyer en prison pour se débarrasser de moi et m'éloigner de toi",
  • Le parent rapteur commence à distiller de faux souvenirs chez l'enfant pour mieux contrôler sa mémoire,
  • Il insinue chez l'enfant la peur du contre-enlèvement: "il ou elle viendra t'enlever et on ne se reverra plus jamais",
  • Il lui choisit une autre mère (ou un autre père) dans la famille ou dans son cercle d'amis que l'enfant doit appeler maman (ou papa),
  • Il exerce un chantage affectif: "après tout le mal qu'il ou elle nous a fait, tu ne peux pas continuer à l'aimer", "si tu l'aimes encore malgré tout cela, cela me tuera" l'enfant entend: "tu me tueras",
  • Il fait serment à l'enfant de n'aimer que lui: "je ne me remarierai jamais, tu es la seule femme (le seul homme) de ma vie, je n'aime que toi et je n'aurai jamais d'autre enfant". Il donne ainsi à l'enfant la place du parent absent.

Le parent rapteur se met en position de victime.

III. Conséquences chez l'enfant

  • Il éprouve un très fort sentiment d'abandon,
  • Il éprouve une forte culpabilité,
  • Il cherche à protéger le parent rapteur qui est à ses yeux le parent le plus faible, celui qui a été prétendument lésé,
  • Il se défend de désirer, de penser à l'autre parent et s'interdit d'exprimer ses émotions.
  • Il ne peut exprimer son angoisse et la tait,
  • différents troubles s'installent: du sommeil, de la concentration, somatiques, l'enfant passe du mutisme à l'hyperactivité, devient agressif, régresse,
  • Il est placé par le parent rapteur dans un conflit de loyauté: " si tu m'aimes, tu ne peux pas aimer l'autre ",
  • Il doit choisir vis à vis de qui rester loyal, le plus souvent son choix se porte sur le parent rapteur (qu'il veut protéger) et il doit donc refuser l'autre parent ce qui se transforme en refus de droit de visite, de contacts téléphoniques. Il ne s'agit pas d'un refus d'aimer ce parent-là mais de refus de trahir celui avec lequel il vit. Cela fait partie des mécanismes de protection qu'il va mettre en place.
  • Perte de la langue du parent dont il est séparé. Il y a une dimension affective dans le fait parler une langue et l'enfant n'a plus le droit d'aimer son autre parent ; il tire donc un trait sur tout ce qui le lie à lui (famille, pays, goûts, identification),
  • Difficulté à se construire, confronté, entre autres, à un problème d'identification,
  • Mode relationnel perturbé.

IV. Les difficultés du parent victime face à l'appareil judiciaire français

  • Absence de prévention: l'interdiction de sortie du territoire est totalement inefficace car il n'y a pas de contrôle tant sur terre que dans les aéroports.
  • Pour la sortie du territoire, l'autorisation des 2 parents n'est pas requise ce qui facilite les enlèvements. Même si l'un des parents alerte la police de l'air et des frontières qu'un enlèvement est en cours, rien n'est fait pour l'empêcher ni même retarder le départ du parent rapteur (le temps de procéder à une vérification par exemple).
  • Aucun conseil n'est donné au parent victime au moment de l'enlèvement notamment lors du dépôt de plainte au commissariat. Absence de formation des policiers.
  • Classement des plaintes sans suite trop fréquent par les procureurs de la République,
  • Longueur excessive des procédures françaises, au pénal comme au civil ; de plus, un individu en situation de délit par rapport à la loi française (l' enlèvement de l'enfant) a la possibilité de faire appel de son jugement de divorce en France donc de faire appel à la loi qu'il n'a pas respectée précédemment, ce qui est totalement paradoxal et choquant.
  • Manque d'informations données aux magistrats qui ignorent le plus souvent les difficultés ou la non-application des conventions avec certains pays (Algérie, Tunisie, Egypte, Allemagne, Espagne, Roumanie, Israël ...) et l'ampleur du phénomène croissant des enlèvements internationaux d'enfants.
  • Difficulté à obtenir des mandats d'arrêts internationaux, donc à bénéficier des services d'Interpol pour localiser les enfants disparus.
  • Difficulté à obtenir des mandats d'arrêts nationaux, donc à pouvoir négocier le retour des enfants par ce biais.
  • Manque de formation des avocats confrontés à ce type de dossier.
  • Absence de suivi des dossiers de la part de la plupart des consulats de France quand il ne s'agit pas d'un manque d'intérêt tout court.
  • Difficulté pour obtenir des informations de la part des magistrats du BEJI qui sont eux-mêmes surchargés de travail.
  • Manque de coordination entre les différents ministères concernés: justice, affaires étrangères, intérieur, affaires sociales.

V. Les difficultés du parent victime face à l'appareil judiciaire étranger

Il faut trouver sur place, parfois sans parler la langue du pays concerné:

  • un avocat,
  • un interprète,
  • un hébergement,
  • apprendre les mécanismes de la justice à laquelle on a affaire,
  • faire exécuter les décisions de justice,
  • apprendre à se déplacer dans la ville,
  • contacter les autorités consulaires pour obtenir qu'un observateur soit présent à chaque audience du tribunal.

VI. Lutter contre les idées reçues

La plupart des gens ont un certain nombre d'idées reçues sur le comportement et les paroles d'un enfant dans cette situation. Ils pensent communément que l'enfant en question va chercher, à l'insu du parent avec lequel il vit, à entrer en contact par tous les moyens avec celui dont il est privé. C'est faux pour différentes raisons, la plus importante étant qu'il a peur de perdre l'amour du parent dont il dépend physiquement, financièrement et moralement. Il cherchera avant tout la sécurité et aller contre la volonté de ce parent-là le placerait en état d'insécurité totale. Il le ménage et le protège dans le but premier de se protéger lui-même.

Une autre idée reçue consiste à dire que l'enfant veut revenir avec le parent auquel il a été arraché. Dans ce domaine, les choses sont plus nuancées. L'attitude de l'enfant doit correspondre à ce que le parent-rapteur attend de lui. Il apprend donc à "faire plaisir" à ce parent-là, à sa famille et aux cercles d'amis. Il doit prouver qu'il est digne d'eux et donc il se défend de désirer, de penser à l'autre parent. Il s'interdit d'exprimer ses émotions et son angoisse. Cette attitude chez l'enfant peut prendre fin avec l'autonomie que lui confère l'âge adulte ou au moment de l'adolescence, mais elle peut aussi l'entraver jusqu'à la fin de sa vie si la soumission à son parent est trop forte.

Enfin la dernière idée reçue et pas la moins pernicieuse voudrait qu'un enfant n'est pas en danger puisqu'il est avec son autre parent.

Rien n'est moins faux pour toutes les raisons évoquées précédemment. S'il n'y a pas danger physique, il y a toujours danger psychologique. L'enlèvement de son enfant dans le but d'en priver "l'autre" est un acte de maltraitance. Il décrit un mode relationnel basé sur la possession, l'abus et le mensonge. L'enfant sera pris dans un conflit de loyauté et une confusion des rôles, il protègera ce parent au lieu de l'inverse, on lui attribuera une autre "maman" ou un autre "papa", on lui interdira d'évoquer l'autre, d'aimer et de désirer l'autre. Bref, on lui demandera de le "tuer".

Comment grandir alors de façon équilibrée lorsque l'un de vos parents vous confie une telle responsabilité, un tel rôle ? Comment rester entier et en accord avec soi-même dans ces conditions ? Comment avoir confiance en soi, avoir de l'estime de soi, lorsque l'on se sait né d'un être haï et dévalorisé à qui on ne doit surtout pas ressembler ?

VII. Conclusion

"L'après-enlèvement" est un parcours du combattant où l'on doit se débrouiller tout seul, confronté au manque de moyens des autorités compétentes ou à leur indifférence. L'enlèvement de son enfant est le début d'une longue période de manque, un vide jamais comblé, jamais réparé.

Le temps qui passe joue en faveur du parent rapteur. Or les procédures de justice sont longues, il faut souvent en mener différentes de front: en France et à l'étranger.

Quant aux procédures pénales françaises, elles placent le délit que constitue "la soustraction d'enfant par ascendant légitime" ou la "non-présentation d'enfant" sur le même plan que la querelle de voisinage et aucune priorité ne lui est donné, tant sur le plan de l'instruction que sur celui du procès.

Du côté des enfants, on sait maintenant que, devenus adultes, ceux qui ont été maintenus dans une situation de conflit parental, (et à plus forte raison si ils ont été victimes d'un enlèvement) présentent deux types de réaction:

  • Conduites à risques: toxicomanie, prostitution ou propension à avoir plus d'accidents que les autres,
  • Tendances antisociales, pouvant aller jusqu'à la délinquance et à la criminalité.

VIII. Bibliographie

  • ANTHONY E.J. (1980), "Les enfants et le risque du divorce...", in Anthony E.J, Chiland C., Koupernik C., L'enfant à hauts risques psychiatriques, PUF, "Le fil rouge".
  • BERGER M. (1997), l'enfant et la souffrance de la séparation, DUNOD.
  • BERGER M. (1999), "Le lien à l'absent vivant", in Rupture et séparation familiales, Revue groupal, n° 5, CPGF.
  • BOURGUIGNON O., RALLU J.L., THERY I. (1985), "Du divorce et des enfants", INED-PUF.
  • BRUN G. (1978), "Parents en conflits : forte et faible vulnérabilité des enfants au divorce", in Anthony E.J, Chiland C., Koupernik C., L'enfant vulnérable, PUF, "Le fil rouge", 1982.
  • CHILAND C. (1989), "Le divorce", in Mon enfant n'est pas fou, LE CENTURION.
  • FERENCZY S. (1933), "Confusion de langue entre les adultes et l'enfant", In Psychanalyse, Tome IV, 1982, PAYOT.
  • FREJAVILLE A. (1985), "L'enfant au regard des modifications familiales", in Diatkine R., Lébovici S., Soulé M., Nouveau traité de psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent, Tome 4, PUF, 1997.
  • LE RUN J.L (1998), "Conflits de loyauté", in L'enfant écartelé, Enfances et PSY, n° 4, ERES.
  • MARCELLI D. (1998), "Le pédopsychiatre dans la tourmente du couple parental", in L'enfant écartelé, enfances et PSY, n° 4, ERES.
  • POUSSIN G. (1998), "Un conflit destructeur", in L'enfant écartelé, enfances et PSY, n° 4, ERES.
  • SAYN I. (1993), le "droit au maintien des relations personnelles entre enfants et parents", in Dialogue, L'enfant séparé de ses parents, n°199.
  • WALLERSTEIN J.S. et KELLY J.B. (1974), Les effets du divorce des parents : l'expérience vécue par l'adolescent, in Anthony E.J., Chiland C., Koupernik C., L'enfant à hauts risques psychiatriques, PUF, "Le fil rouge", 1980.